Par Florent LATRIVE, Christian LOSSON
Libération : vendredi 29 décembre 2006
Les licenciements boursiers : «Les stock-options seront supprimées [...]. Les licenciements seront interdits pour les entreprises qui réalisent des profits».
L'avis du Parti socialiste :
J.G.:
«Il faut limiter et encadrer les stock- options. Elles peuvent servir dans un seul cas : pour aider aux développements de nouvelles entreprises et mobiliser le capital humain nécessaire à la prise de risque. Mais pas question qu'elles viennent gonfler les revenus des cadres dirigeants des grandes entreprises car elles poussent à doper les cours des actions pour les seuls actionnaires. Hausse des cours qui passe, effet pervers, par des licenciements boursiers. Vouloir interdire ceux-ci par la seule loi est compliqué et quasi impossible à gérer par les tribunaux. En revanche, il faut multiplier des interventions mixtes pour les limiter au maximum : en surtaxant jusqu'à 100 % les plus-values boursières des firmes qui licencient, en surtaxant les bénéfices via l'impôt sur les sociétés, en renforçant vigoureusement les indemnités de départ des salariés.»
E.B.: «C'est un voeu pieu, même s'il correspond à une attente réelle. A l'ère de l'économie globale et des entreprises avec des filiales partout, il est facile de délocaliser ses profits. Que faire ? Donner à l'administration le pouvoir de faire un audit sur les profits mondiaux d'une entreprise ? Cela part d'une bonne intention, mais c'est inapplicable. Il faut probablement renforcer les coûts des délocalisations ou des licenciements pour motifs économiques, décourager les effets d'aubaine, être plus exigeant sur la réindustrialisation. Mais sauf à sortir de l'économie de marché, ce que le PS ne propose pas, c'est inapplicable.»
La réponse d'Yves Salesse:
«Cette mesure ne vise qu'à répondre aux cas les plus grossiers. Les nouveaux pouvoirs d'intervention des salariés et de commissions régionales de développement ainsi que le nouveau statut du salariat la complètent. L'augmentation du coût des délocalisations ou des licenciements et les surtaxes pénalisantes peuvent faire partie de la panoplie. Mais ils autorisent les licenciements boursiers pour les groupes qui en ont les moyens, comme l'achat des permis de polluer. Ou alors on taxe à un tel niveau que cela revient à une interdiction. Je ne vois pas en quoi celle-ci est ingérable par les tribunaux. La seule objection est que les groupes peuvent organiser la délocalisation des profits. On le sait. Cela ne fait pas pour autant renoncer à l'impôt sur les bénéfices par exemple. Et la conclusion à tirer est qu'il faudra éventuellement interpréter la mesure comme une interdiction des licenciements dans les groupes qui font des profits.»