yves salesse, le 20 février 2007
Les sondages ne sont que des sondages. Mais nous devons prendre au  sérieux les scores de la droite et de l’extrême droite. Lorsque Sarkozy parvient à convaincre une partie des couches populaires  qu’il veut résoudre leurs problèmes, que Bayrou tente une partie  de l’électorat de gauche, nous devons redoubler notre travail d’explication. Il ne suffit pas de dénoncer, d’affirmer que Sarko  est un « conservateur américain ». Taper en priorité sur la droite  ne veut pas dire taire notre critique de S. Royal. Mais là encore, il  ne suffit pas d’affirmer qu’elle  est social-libérale. Nous  devons argumenter, argumenter, argumenter. Et pour cela, sélectionner  ce qui semble à la fois important et efficace. Il ne s’agit pas de  reprendre les 125 propositions. Je centre les exemples qui suivent  sur les questions sociales.
SARKOZY : UN MYSTYFICATEUR DANGEREUX AU SERVICE DU MEDEF
Il n’a pas de bilan ?  « Je ne serai pas le Président d’une  partie de la France contre l’autre ».
1. Il est un ministre majeur des gouvernements qui ont mené les politiques les plus brutales au service d’une petite minorité  contre le reste de la population : retraites, droit du travail, CPE,  lois sécuritaires. Notamment, les heures supplémentaires sont moins  payées qu’avant (élévation du seuil déclenchant la majoration de  100% ; report de l’augmentation de majoration des heures comprises  entre 35h et 39h).
2. Comme le reste de la droite, il a célébré l’abbé Pierre.  Mais à Neuilly, il y a moins de 3% de logements sociaux contre les  20% exigés par la loi.
Il est incompétent. Alors qu’il se présente comme un homme efficace.
1. Ministre de l’économie en 2004, il n’a tenu aucune de ses  promesses sur le pouvoir d’achat ou contre les délocalisations
2. Ministre de l’intérieur, sa politique pour la sécurité est un  échec total. Le nombre des agressions contre les personnes a augmenté.
3. Ses amis affirment (sans les avoir encore chiffrées) que les  dépenses prévues Ségolène sont irréalistes, mais il promet une  baisse des prélèvements obligatoires à hauteur de 4% du PIB, soit 
72 milliards ! Il est vrai que cette promesse, comme d’autre, varie  tous les jours
C’est un menteur. « Je veux dire la vérité »
1. Il a menti en affirmant que les acteurs de la révolte des  banlieues étaient presque tous des délinquants connus.
2. Il a menti en affirmant que les deux jeunes électrocutés de  Clichy venaient de voler sur un chantier
3. Il a menti en jurant que GDF ne serait pas privatisé puis en  soutenant sa privatisation pour la fusion avec Suez.
C’est un mystificateur libéral. « faire reconnaître la valeur du  travail »
1. Mais il est contre l’augmentation su SMIC (émission TF 1 du  5/2). Si c’est une erreur commise lors de cette émission, quelle  augmentation propose-t-il ?Pour gagner plus il faut travailler plus, faire des heures  supplémentaires. C’est la thèse du patronat.
2. Il ne propose aucune mesure contre les licenciements, partisan de  la liberté d’entreprendre.
3. Il propose des baisses d’impôt considérables pour les  entreprises et les riches.
4. Ils ont commencé les réductions d’effectifs dans  l’enseignement. Il propose une baisse massive du nombre des  fonctionnaires : 50% des départs à la retraite.
5. Il a soutenu le Oui au referendum sur la constitution européenne.
6. On comprend qu’il ait été ovationné à l’université  d’été du MEDEF. Les travailleurs ne doivent pas s’y laisser  prendre.
Il est dangereux
1. Il a délibérément provoqué les jeunes des quartiers  populaires : parce que l’insécurité est son fonds de commerce.
2. Quand il dénonce « l’assisté qui gagne plus que celui  travaille dur », quand son ami Coppé affirme que les enseignants et  les conducteurs de TGV gagneNt plus de 4000 euros par mois, ils  montre son ignorance crasse des réalités mais surtout, ils tentent  de dresser la population contre ces « privilégiés ».
3. Quand il dénonce « l’arrogance française » chez Bush, à  propos de la guerre en Irak, il confirme qu’il pourrait entraîner  le pays dans les aventures internationales de son modèle américain.
BAYROU : LA DROITE EN TENUE DE CAMOUFLAGE
Une partie des électeurs de gauche semble tentée par le vote Bayrou. 
Pourtant  Bayrou c’est la droite.
1. Il a soutenu l’actuelle majorité avec constance sauf en quelques occasions où il lui fallait bien se démarquer un peu pour exister.  Il a notamment voté la réforme des retraites et la loi « sécurité 
intérieure ».
2. L’examen de ses propositions est très éclairant. C’est  essentiellement un tissu de banalités avec très peu de propositions  précises. Sur le chômage, sa proposition centrale est de réduire  les charges patronales et de libérer les heures supplémentaires. Le  MEDEF est d’accord.
3. Il a été un fervent défenseur de la « constitution »  européenne et reste eurobéat..
4. Ministre de l’éducation nationale, il a provoqué l’immense manifestation de défense de la laïcité contre sa tentative de  modifier la loi pour permettre de nouvelles aides publiques à  l’enseignement privé (passer du seul fonctionnement à  l’immobilier).
5. Son créneau : dépasser l’affrontement droite-gauche. Il faut au  contraire une politique vraiment à gauche.
SEGOLENE :  LE SOCIAL-LIBERALISME
La première question avec le PS est aussi : mais pourquoi ne l’avez- vous pas fait lorsque vous dirigiez le gouvernement ? La suspicion  est de mise lorsque aucun bilan du passé n’est tiré. Mais nous 
devons aussi nous prononcer sur ses propositions.
« Une politique d’alternance »
Derrière les grandes phrases, il y a les mesures. Certaines sont  bonnes (celles qu’elle nous a prises et c’est très bien : service  public de la petite enfance, substitution de l’Etat aux maires qui 
n’appliquent pas la loi sur les logements sociaux, construction de  120.000 logements sociaux par an, retour au public d’EDF et GDF,  rétablir les moyens pour les soins aux étrangers en situation 
irrégulière, etc.), d’autres moins (le SMIC à 1500 euros sans  date, une part de proportionnelle pour les législatives), d’autres  carrément mauvaises (l’augmentation de 5% des petites retraites, la 
possibilité de devenir propriétaire de son logement social). En  outre, vu l’expérience et l’absence de moyens précis, on peut  douter de leur application. Et rappelons-nous : « Je ne déferai pas 
pour le plaisir ce qu’a fait la droite », immédiatement illustré  par l’absence dans ses propositions de l’abrogation des grandes  lois de la droite qui ont suscité des mobilisations.
Mais notre critique principale est que ces mesures ne permettent pas  de rompre avec le libéralisme économique et les menaces sur  l’environnement. Elle le dit : il s’agit d’une « politique 
d’alternance ». Il faut une politique alternative.
Que suppose une véritable politique de gauche ?
Trois choses indissociables : s’attaquer au pouvoir des puissances 
financières ; répartir autrement les richesses ; ne pas laisser agir 
l’Europe libérale.
EMPLOI
1. Une politique industrielle ne peut exister qu’avec un secteur  public fort dont un pôle financier (pour le crédit notamment). Rien  sur la remise en cause des privatisations à part EDF-GDF.
2. Réserver une part des marchés publics aux PME est interdit par le  droit communautaire et donc impossible sans confrontation.
3. Les « modulations » de cotisations sociales ou d’impôt sur les sociétés en fonction de leur politique d’emploi ou  d’investissement. Cela veut dire ne pratique des exonérations. Les  aides publiques aux entreprises privées s’élèvent à 60 Milliards  en gros dont plus de 25 milliards d’exonérations de charges, sans  que l’effet sur l’emploi n’ait jamais été démontré. Les  exonérations « bas salaires » sont en outre un encouragement à  payer les salariés au SMIC ou juste au dessus. Nous : réexamen de 
toutes ces aides, suppression des exonérations de charge.
4. Rien sur l’économie sociale et solidaire.
5. Nous : développement de l’emploi par les services publics.
6. Nous, en outre : interdiction des licenciements par les  entreprises ou les groupes faisant des profits.
Rien sur les nouveaux droits des salariés et des collectivités (nos commissions régionales de développement) par rapport aux décisions  des entreprises.
7. « Sécurité sociale professionnelle » à durée déterminée  (90% du salaire pendant un an sous conditions) dont on ignore le  financement. Nous :  salaire, contrat de travail et droits associés 
maintenus financés par un fonds alimenté par les profits des  entreprises.
NIVEAU DE VIE
1. Le SMIC à 1500 euros brut dans 5 ans (hier soir à TF1)  n’apporte rien par rapport à la   progression actuelle. Nous :  immédiatement et 1500 net rapidement.
2. Une conférence salariale, oui mais avec quel objectif ? Nous :  pour une augmentation de l’ordre de 300 euros et plus pour les femmes.
3. L’augmentation des « petites retraites » et des allocations  pour handicapés de 5%. 50% des handicapés touchent moins de 500  euros ; 5% = 25. Un paysan qui a travaillé de 16 à 60 ans touche 600 euros ; 5% = 30, soit même pas un café par jour. Nous : augmentation  de 300 euros.
4. Retraites, c’est très flou. Nous : abrogation de la réforme de  la droite, pas de retraite en dessous du SMIC ; retour aux 37,5  annuités.
Notre désaccord n’est pas du à de la surenchère. Ce saupoudrage  est inutile : non seulement il ne change pas la vie des gens  modestes, mais il ne l’améliore pas réellement.
5. « Créer une allocation d’autonomie pour les jeunes » sans  autre précision. Nous : commencer avec 10 milliards d’euros dès la  première année.
SERVICES PUBLICS et ENVIRONNEMENT
Ils sont des outils essentiels de l’amélioration du niveau de vie  pas la solidarité collective. Pourtant ils n’occupent pas une place importante dans les propositions : quelques phrases générales, la 
référence permanente à l’école chargée de tout résoudre, la  création du service public de la petite enfance et de celui de la  caution. Elle annonce des mesures précises pour l’enseignement. 
Attendons sur ce sujet. Sur les services publics en général,  certains points doivent être soulignés :
1. Rien sur la remise en cause des privatisations.
2. Aucun engagement à ne plus privatiser.
3. Rien sur la nécessité de s’opposer aux libéralisations  européennes et rien sur l’AGCS.
Nous, en plus de ce qui précède :
4. Amélioration des services publics existants : moyens et  participation des usagers.
5. Création de nouveaux services publics : petite enfance, logement, personnes âgées et dépendantes, médicaments, déchets, eau, environnement.
6. Fusion EDF-GDF et création d’un pôle public de l’énergie  avec le retour au public de TOTAL. Ce pôle public est un instrument  indispensable pour la promotion des énergies renouvelables à côté  de la recherche publique.
7. Moratoire, débat national et referendum sur l’avenir du  nucléaire.
DROIT AU LOGEMENT
1. Ségolène se prononce pour une sécurité du logement tout au long  de la vie. Très bien. Pour ce faire, elle reprend les propositions  suivantes : construction de 120.000 logements sociaux par an, un 
service public de la caution, l’application de la loi sur les 20% de  logement social par l’Etat en cas de défaillance des communes, la  limitation de la charge de loyer à 25% du revenu des ménages  modestes. Bien, mais insuffisant. Elle propose en outre :
2. l’accès à la propriété des occupants de logements sociaux qui  ont régulièrement payé leur loyer pendant 15 ans. C’est une  privatisation du patrimoine commun que constitue le parc social. En 
outre, cela met en difficulté les nouveaux propriétaires qui n’ont  généralement pas les moyens d’assumer les charges liées à la  propriété.
3. Elle a ajouté sur TF1 la vente à moitié prix des terrains  publics pour la construction de logements sociaux. C’est une  nouvelle privatisation du patrimoine commun.
Nous :
4. Limitation de la charge de logement (charges comprises) à 20 % du revenu des ménages modestes et blocage des loyers. Sans cela, le versement de l’allocation logement pour payer ce qui va au delà des  25 ou 20% est une subvention directe aux bailleurs.
5. Obligation de construire 20 % de logements sociaux dans toute  opération immobilière ‘au moins 10 logements.
6. Pour un service public chargé de la mise en œuvre du droit au  logement effectif.
7. Des agences foncières publiques qui accordent un bail de long  terme aux constructeurs de logement social tout en conservant la  propriété du sol.
DROIT DU TRAVAIL
1. A part l’abrogation du CNE, pas de remise en cause des réformes  de la droite telles que celle sur la hiérarchie des normes.
2. Rien sur les nouveaux droits des salariés dans l’entreprise.
3. Nous en outre : renforcement de l’inspection du travail.
EUROPE
1. Il n’y a aucune remise en cause de l’Europe libérale et anti- démocratique, mais des phrases , encore plus édulcorées que jadis,  sur « une Europe plus protectrice et plus en phase avec les besoins 
des citoyens » ou qui « tire vers le haut le niveau de vie et la  protection sociale » grâce à un « protocole social » dont on ne  sait pas ce qu’il apporterait de plus que la charte sociale  intégrée dans le traité constitutionnel.
2. Conséquences du Non : elle propose un « traité institutionnel »  qui maintiendrait donc les traités actuels sur le fond, c’est à  dire la suprématie de la libre concurrence.
3. « Préserver des services publics de qualité », comme si  c’était compatible avec les règles actuelles.
4. « Inscrire l’objectif de croissance-emploi dans les statuts de  la BCE » et « créer un gouvernement de la zone euro ». Ce sont les  vielles lunes deloriennes incapables de réduire la force de la BCE si 
tout son statut, notamment son indépendance, ne sont pas remis en  cause.
5. La presse a ajouté un point qui ne figure pas dans les 100 propositions mais n’a pas été démenti : le respect du pacte de stabilité. Elle est sur ce point en retrait sur Raffarin et Schroeder qui s’étaient assis dessus.

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